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Histoire du Protestantisme
à Lunéville

Milieu du XVIème siècle

Pénétration et répression de la Réforme en Lorraine .

ur les conseils de tolérance du Chancelier catholique Michel de l'Hôpital, la Régente de Charles IX, Catherine de Médicis, avait accordé aux protestants, par l'Edit de janvier 1562, l'autorisation de s'assembler publiquement pour leur culte dans les faubourgs des villes et dans les campagnes. Pour la première fois, depuis 40 ans, le protestantisme obtenait le droit de s'affirmer.

Le parti à la tête duquel se trouvait le Duc de Guise n'accepta jamais cet Edit, et, trois mois seulement après qu'il fut promulgué, le 1er Mars 1562, massacra des protestants réunis dans une grange, située hors des murs de la ville de Wassy en Champagne. Le nombre des tués s'éleva à soixante et dix et celui des blessés à une centaine.

Malgré les ordonnances prohibitives du Duc de Lorraine, Charles III, la Réforme avait trouvé des partisans dans plus de 80 localités et à Nancy même. De 1561à 1600, vingt étudiants lorrains suivirent les cours de l'Académie de Genève.

Plus près de nous, à Saint Nicolas de Port, on compte de bonne heure une soixantaine de familles protestantes. Louis Desmasures, d'abord conseiller du cardinal puis conseiller du Duc de Lorraine, gagné aux idées de la Réforme, aidé d'un prédicateur de Metz nommé Christophe, assemblait les fidèles dans les bourgs. En guise de cloche, ils signalaient le début d'une assemblée par un coup de fusil. Des curieux se joignaient aux protestants pour écouter leurs prêches, au point qu'un jour le curé du lieu se retrouva seul dans son église pour la messe.

Informé de cela, Charles III envoya son bailly, Jean de Savigny qui fit pendre à l'occasion d'un baptême un épinglier étranger nommé Florentin. Les deux prédicants arrivèrent à s'enfuir du côté de Metz ; Desmasures devint pasteur du côté des Deux-Ponts. Plusieurs fidèles les suivirent, d'autres allèrent trouver refuge à Genève.

Etant revenus deux ans plus tard, en 1564, ils obtinrent des autorités genevoises un pasteur officiel : J. de Madoc, originaire du Languedoc, formé à l'école de Jean Calvin.

Prédication de la Réforme à Lunéville

Dans cette seconde moitié du XVI ème siècle, un certain nombre d'habitants de Lunéville avaient été gagnés à la Réforme et tenaient des réunions secrètes pour s'entretenir et s'encourager dans leurs convictions communes. Ce petit groupe de néophytes était en rapports étroits avec celui de Saint Nicolas de Port. C'est ainsi que le pasteur Jean de Madoc fut amené à les visiter à l'occasion d'un voyage qu'il avait entrepris deux mois seulement après son arrivée dans sa paroisse.

Sur le conseil de l'Eglise de Genève, avec l'autorisation des autorités locales, il s'était mis en route pour se rendre à Gerbéviller dans l'intention de s'entretenir avec le Seigneur de Deuilly qui avait manifesté le désir d'embrasser la foi évangélique.

Il partit de Saint Nicolas le 24Mai 1564, accompagné par un fidèle de Lunéville, et s'arrêta au passage pour visiter les protestants de cette ville. Il entra le soir chez un huguenot du bourg de Viller( aujourd'hui faubourg de Viller) à quelques 200 pas des portes de la cité, où bientôt deux autres de la ville, avertis de sa venue vinrent le retrouver. Ces allées et venues ne passèrent pas inaperçues et furent rapportées à un sergent qui menaça de dénoncer la présence du prédicant au Prévôt de Lunéville.

La petite assemblée décida alors de déjouer l'adversaire et, par les chemins détournés, se retrouva dans une maison amie de la ville. L'assemblée secrète d'une douzaine de personnes put se tenir le soir de ce jour et se terminer dans le calme bien qu'au milieu de celle-ci on vint avertir les fidèles que le Prévôt et ses sergents en armes étaient au bourg de Viller. Après les exhortations et la prière chacun s'en retourna chez soi. Seul le pasteur resta chez ses amis pour y passer la nuit.

C'est le lendemain que les choses se gâtèrent quand notre prédicateur fut averti par son hôte que le Prévôt avait mis double garde aux portes de la ville, avec mission de ne laisser sortir personne sans son consentement. Jean de Madoc affirma à tous, qu'étant sous la garde du Seigneur ils ne devaient pas craindre, que c'était à lui seul de répondre d'eux et qu'il espérait bien le faire, éprouvant en lui le secours de Dieu. Il calma particulièrement son hôtesse qui ne trouvait aucun lieu où le cacher. Après avoir délibéré sur le moyen de sortir de la ville pour gagner Gerbéviller, ils se mirent tous en prière et c'est à la fin de celle-ci que survint le Prévôt avec deux sergents dont celui de la veille.

Arrestation, interrogatoire et martyr de Jean de Madoc

Après un bref interrogatoire, le Prévôt ordonna à Madoc de le suivre afin d'attendre les ordres du Procureur Général. Enfermé sous bonne garde, malgré l'intervention du Sieur de Deuilly, il resta trois jours en prison . Pendant ce temps le Prévôt le soumit successivement à l'interrogatoire de plusieurs personnes :

C'est un chirurgien de la ville, familier du Prévôt, qui fut témoin de toutes ces discussions et les a rapportées par la suite.

Le 28 Mai arriva à Lunéville le Procureur Général, Bertrand de Hongre, accompagné de deux archers du Prévôt des Maréchaux . Les amis de Madoc intercédèrent auprès de lui pour le prisonnier. Mais il ne les convoqua que le lendemain matin pour leur communiquer les ordres du Duc : Tous ceux qui ne voulaient pas suivre les ordonnances de l'Eglise catholique Romaine devaient quitter le pays dans les six semaines sous peine d'être pendus et étranglés ; quant à leur "Ministre", ordre lui avait été communiqué de sortir du pays dans les trois jours sous peine de la même sanction. Toutefois les protestants avaient trois jours pour donner leur réponse.

Ce même jour ils apprirent par des gens d'alentour et de Saint Nicolas venus au marché que, tôt le matin Jean de Madoc avait été emmené hors de la ville escorté du Prévôt, de deux cavaliers et d'un autre homme à pied, jusqu'à une colline à 1 km environ, sous prétexte d'appliquer la sentence d'expulsion. Ceux-ci étaient revenus quelques temps après sans leur prisonnier. En fait, ils l'avaient remis entre les mains du Prévôt des Maréchaux et de ses archers à l'heure et au lieu convenus.

C'est dans les bois, près d'une profonde rivière, un peu au-dessous de Mont sur Meurthe, que Jean de Madoc devait être lâchement étranglé et son corps jeté dans un hallier. Deux hommes, l'un de Mont et l'autre de Vitrimont furent témoins de la scène, ils étaient occupés à faire du bois. L'un des deux fut aperçu des archers qui couvrirent sa tête d'un manteau, mais l'autre réussit à se dissimuler.

Une affaire d'état

La noblesse protestante de France, d'Allemagne et de Suisse, à la suite de cette affaire, porta plainte auprès du Prince de Lorraine, demandant que le corps de Madoc soit restitué à sa veuve et à ses cinq enfants, que ceux qui avaient transgressé les ordres reçus soient punis et que la liberté de culte soit accordée aux protestants qui en feraient la demande, selon l'ordre des Eglises Réformées de France. Cette dernière demande était accompagnée d'une confession de foi commune.

Les ambassadeurs, dûment patentés, de la Reine de Navarre et du Prince de Condé, du Comte électeur Palatin, du Landgrave de Hesse et du Duc de Wittenberg se réunirent pour présenter ensemble leurs requêtes. La Seigneurie de Berne fit parvenir une lettre, ainsi que Théodore de Bèze qui, depuis la mort de Calvin (deux jours avant celle de Jean de Madoc, le 27 Mai 1564), dirigeait le protestantisme français depuis Genève. La lettre de ce dernier est tellement admirable que nous l'avons reproduite intégralement à la fin de cette brochure, en guise de conclusion.

Mais rien ne fit fléchir le Duc de Lorraine qui entendait rester maître sur ses terres et sauvegarder l'unité du culte catholique, sans toutefois prétendre pouvoir sonder la conscience de chacun. Quant à la veuve de Madoc, il lui fut répondu qu'on ne savait ce que son mari était devenu. Elle dut, ainsi que ses enfants, s'en retourner à Genève avec cette seule réponse pour toute consolation.

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Fin du XVIème siècle

La Lorraine au temps des guerres de religion

Pour mieux maintenir la pureté des dogmes catholiques, Charles III fonda, en 1572, la célèbre université de Pont à Mousson. Mais l'époque des discussions théologiques était révolue, la parole devait passer aux armes. Cette année fut en effet aussi celle de la Saint Barthélémy qui devait marquer le début des guerres de religion. Un nombre considérable de protestants s'exilèrent ou abjurèrent et la plupart des pasteurs partirent se réfugier en Suisse ou en Angleterre.

Pris entre l'Allemagne protestante, le midi et l'ouest de la France qui s'armaient pour lutter contre la Ligue, Charles III décida de remettre en état toutes les places fortes de son royaume, principalement celles de Nancy et de Lunéville.

Les vieilles murailles de Lunéville qui dataient du Moyen-âge furent relevées et consolidées ; ainsi parallèlement on décida de fortifier les moulins qui se trouvaient hors des murs, ceci pour éviter toutes les allées et venues inutiles, ils furent aussi armés de deux canons chacun ; Nous sommes en 1575, au moment de la première guerre de religion qui touche surtout le midi et l'ouest de la France. En 1577, de Guise vint en personne pour visiter les lieux et fut reçu au château ? Tous ces travaux nécessitaient des dépenses, il fallait prélever sur les impôts en 1579 pour les couvrir. En 1585 on créera même un nouvel impôt sur les vins dont le produit servit intégralement à financer les fortifications.

Charles III était devenu lieutenant général de la Ligue et Henri de Navarre ( le futur Henri IV) le chef des armées alliées protestantes. Il désigna le Duc de Bouillon comme généralissime de l'armée alliée qu'il lui demanda de constituer pour le rejoindre et le soutenir. C'est que depuis la mort du Duc d'Alençon il était prétendant à la couronne de France. La seconde guerre de religion allait commencer, elle devait laisser sa marque en Lorraine.

Vers le 20 Août 1587, avec quelque 2000 hommes d'infanterie, plusieurs centaines de chevaux, le Duc de Bouillon vint prendre le commandement de cette armée alliée regroupée à Strasbourg. Elle comprenait, en outre, 8000 allemands et de 15 à 16000 suisses. Elle ne rencontra aucune résistance dans les défilés des Vosges : le 23 Août, elle était à Phalsbourg, quelques jours après à Sarrebourg… De son côté Charles III appela à son secours le Duc de Guise qui arriva à Nancy avec quelques centaines de cavaliers albanais et italiens.

La place de Lunéville mise en état de siège

Charles III était décidé à tous les sacrifices pour préserver Saint Nicolas et Nancy. Il nomma le baron d'Haussonville, colonel-général de l'infanterie lorraine, commandant de la place de Lunéville ? Il mit à la hâte cette place en état de défense : en prévision d'un siège on démolit, à proximité des murailles les maisons isolées qui pouvaient servir d'abris aux assaillants ( dont celles des sœurs grises qui reçurent une somme de 1200 Frs pour les aider à supporter les dommages que cette mesure leur occasionna ) ; on détruisit également dans les environs les fours et les moulins afin d'affamer l'ennemi. Le Duc de Guise, à la tête de ses meilleures troupes, parcourait le pays de Saint Nicolas à Lunéville, cherchant à surprendre les armées alliées trop proches des deux villes.

Les réformés pillèrent la commanderie Saint George, appelée aussi "maison forte", à Moncel lès Lunéville ainsi que l'Abbaye de Saint-Rémy aux portes même de la ville près de Viller. Mais, affaiblis par la division des chefs, et l'indiscipline des soldats, intimidés par la fière contenance du sieur d'Haussonville, ils tournèrent la page pour aller, les 4 et 5 Septembre, dévaster Froville et Bayon. Le danger avait été réel à tel point que la construction de nouvelles fortifications fut décidée.

Elles furent réalisées de 1589 à 1596 par Jean Millet d'Einville. Elles devaient comporter sept bastions reliés entre eux par des courtines. La Vezouze fut détournée par des vannes pour permettre l'inondation des fossés entre ces murailles fortifiées et le tertre de terre situé en avant. Par rapport aux murailles du Moyen-âge, ces nouvelles fortifications s'étendaient plus à l'Est pour inclure les maisons reconstruites des sœurs grises et la commanderie Saint-George, reconstruite également.

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Fin du XVIIème Siècle

La trop grande tolérance des moines de Beaupré

Au XVIIème, la seule trace du protestantisme à Lunéville, nous l'avons trouvée aux portes de la ville, à l'Abbaye de Beaupré. Le prieur avait dû faire venir d'Alsace des commis de ferme pour s'occuper de ses terres, sans tenir compte de leur appartenance religieuse. Or plusieurs d'entre eux étaient protestants, calvinistes ou luthériens. Il leur permettait même de pratiquer leur culte selon leurs coutumes.

Grâce à la paix de Ryswick, le jeune Duc de Lorraine, Léopold 1er , qui n'avait que 18 ans, avait pu enfin rentrer dans ses terres, occupées depuis soixante ans par les armées françaises. Il entendait remettre les choses en ordre chez lui. C'est ainsi qu'il fut averti de ce fait et fit promulguer un arrêt pour mettre fin à cette trop grande tolérance. Voici cet arrêt de la Cour Souveraine en date du 5 juin 1698 qui défend tout autre religion que la catholique dans les états de son Altesse Sérénissime :

"Sur ce qui a été représenté à la Cour par le Substitut du Procureur Général, qu'il lui a été donné avis que dans la basse-cour et autres maisons dépendantes de l'Abbaye de Beaupré, il se trouve des résidants faisant profession publique de luthéranisme et de calvinisme, sans aucun empêchement de ceux qui y sont obligés par le devoir de leur charge, encore bien qu'ils doivent savoir que l'exercice de ces hérésies soit défendu par les ordonnances des années 1523, 1539, 1545 et 1626, sous peines très rigoureuses, requérant le dit substitut être sur ce pourvu : l'affaire mise en délibération :

La Cour a ordonné et ordonne que les dites ordonnances seront exécutées selon leur forme et teneur ; et en conséquence, que les dits résidants en la basse-cour et autres lieux dépendants de la dite abbaye, faisant profession des dites hérésies, sortiront des Etats de l'obéissance de S.A.S. avec tous leurs effets, dans quarante jours après la publication du présent arrêt: si non, le dit temps passé, sera procédé contre eux suivant la rigueur des dites ordonnances. Enjoint l'Abbé de la dite abbaye de tenir la main à ce qu'elles soient exécutées ; lui fait très expresses inhibitions et défenses, ensemble à tous autres sujets de S.A. de se servir, ou donner retraite à autres personnes, que celles qui feront profession de la religion catholique, apostolique et romaine et y être par eux pourvus." Fait en la Chambre du Conseil à Nancy le 6 Juin 1698.

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Fin du XVIIIème Siècle

Quelques protestants isolés

Les interdictions de la Cour de Lorraine furent suivies d'effet, et pendant tout le XVIIIème siècle, on ne voit plus aucune Eglise Réformée dressée en Lorraine, pas même à Nancy. À la fin du siècle cependant le curé de Saint-Jacques à Lunéville a été amené à faire quelques enterrements, de ressortissants de la R.P.R. comme on les appelait à cette époque, c'est-à-dire de gens de la "Religion Prétendue Réformée". Ce ne sont que des unités isolées, surtout dans les environs de Lunéville

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Début du XIXème Siècle

Réapparition autorisée du protestantisme

Au lendemain du Concordat de 1802, les protestants sont autorisés à réorganiser leurs Eglises. Dés 1804 il y a un pasteur et une Eglise à Nancy qui dessert également les arrondissements de Toul et de Lunéville. Sur la demande de ce pasteur, l'administration préfectorale fait procéder à un recensement des protestants de l'arrondissement de Lunéville dont il ressort qu'il y avait : 4 protestants à Lunéville,5 à Antelupt, 5 à Einville, 8 à Badonviller, 4 à Bréménil, 28 à Angomont, 3 à Sainte Pôle, 5 à Blâmont, 17 à Chazelle, 10 à Herbeviller et 5 à Verdenal .

À la recherche d'un lieu de culte

Depuis 1830, le pasteur Schmidt de Nancy se préoccupait d'organiser un lieu de culte régulier à Lunéville et était à la recherche d'un local approprié. Le nombre des protestants n'ayant cessé de croître, surtout en ville, cette démarche se justifiait. Au recensement de 1835 on comptera 86 protestants à Lunéville, les annexes n'étant pas comptées dans ce chiffre. Il avait d'abord songé à demander pour la petite communauté protestante la jouissance de la Chapelle du Château.

La chapelle du château

La mort de Stanislas avait marqué en 1766 le rattachement de la Lorraine à la France, mais aussi le déclin du Château qui était devenu lieu de garnison pour les troupes. La chapelle elle-même, préservée jusqu'à la mort du prince de Holenlohe, avait été réquisitionnée par l'armée. Elle était devenue hangar à fourrage puis dépôt de farine.

Une première démarche fut entreprise en Septembre 1831, par l'intermédiaire du Consistoire et du préfet, auprès du Ministère de l'Instruction publique et des Cultes. A ce ministère les protestants bénéficiaient de la présence du baron Georges Cuvier. Né à Montbéliard en 1769, le célèbre naturaliste français, créateur de l'anatomie comparée et de la paléontologie, était devenu à la fin de sa vie (il devait mourir à Paris en 1832) Pair de France, conseiller d'Etat chargé des affaires du culte non-catholique. C'est à ce titre qu'il soutint pour les protestants de Lunéville la demande de la Chapelle du Château auprès du Ministère de la Guerre dont elle dépendait. Mais la réponse qui parvint en Mai 1832 fut négative : on ne pouvait isoler la chapelle de la partie du château servant de casernement et il y aurait eu des inconvénients graves pour l'ordre intérieur et la police de la garnison à l'affecter à un service étranger à l'armée. Par ailleurs les catholiques avaient déjà été découragés dans leur désir de la voir annexée à l' Eglise paroissiale pour le service de la garnison et la messe militaire .

Une nouvelle démarche fut faite en Août 1833 tendant à prouver que ce lieu de culte n'était nullement indispensable aux catholiques, mais que les protestants n'en avaient aucun. Nouveau refus du Ministère de la Guerre en Septembre 1833 pour ce double motif :

Une tentative du même genre pour obtenir une fois par mois la jouissance de la salle des trophées, où se donnaient des conférences et des bals et où se tenaient les collèges électoraux, n'eut pas plus de succès.

L'autorisation de célébrer le culte public à Lunéville

Le pasteur Schmidt se tourna alors vers la municipalité à qui il demanda que les protestants fussent autorisés à se réunir dans une salle de l'hôtel de ville. Le conseil municipal, consulté, se montra disposé à accueillir favorablement cette requête, mais il demanda que la question du droit de réunion, sur laquelle il n'était pas au clair, soit au préalable tranchée.

Le préfet, auquel on en référa, répondit que les protestants pouvaient se réunir en " assemblées de prières", mais qu'il fallait pour cela qu'ils disposent d'abord d'un local ; il ajoutait que, n'étant pas au nombre de 6000 âmes, la ville n'était pas tenue de leur fournir ce local, le Temple de Nancy étant le sanctuaire affecté aux protestants de la circonscription. Toutefois "si, dans leur convenance, ceux de Lunéville veulent former une assemblée particulière, écrivait-il, c'est à eux d'en assurer toutes les charges, comme l'ont fait ceux de Phalsbourg".

En possession de cet avis qui se bornait, en somme, à un rappel de la lettre du code, le conseil municipal, à la suite d'une nouvelle délibération au printemps 1835 estime que, s'il n'y avait pas de texte l'obligeant à prendre la demande des protestants en considération, des raisons de convenance et de bonne entente lui dictaient cependant de l'accueillir favorablement : il décida donc, en propre, de leur procurer le local dont ils avaient besoin. Et, comme il n'y en avait pas d'immédiatement disponible, le collège communal occupant alors la plus grande partie des bâtiments de l 'Hôtel de Ville, il informe les pétitionnaires qu'il était peiné de n'être pas en mesure de répondre tout de suite à leur désir mais que, dès que la ville aurait fait l'acquisition de la "maison de Charité" pour laquelle elle était en pourvoi, il serait heureux d'y faire aménager une salle à leur usage.

Premier lieu de culte : la salle de la justice de paix

Le 29 Septembre de la même année, la dite "maison de Charité ( qui est aujourd'hui l'école Saint Jacques) devenait propriété de la ville et le 10 Novembre le conseil municipal décidait d'installer au premier étage de cette maison le prétoire du juge de paix qui devait être affecté également aux assemblées religieuses des protestants. Ainsi aboutissaient heureusement les démarches qui avaient demandé beaucoup de persévérance.

D'un recensement de cette époque nous notons que la population protestante se répartissait ainsi en 1835 53 familles (dont 36 à Lunéville) pour 126 individus ( dont 86 à Lunéville) .

Il ne nous a pas été possible de découvrir à quelle date précise notre culte réformé fut pour la première fois célébré dans la salle mise à disposition de la congrégation naissante. Il est à présumer que ce fut dans les premières semaines de 1836, une fois que furent achevés les travaux d'aménagement indispensables.

Il n'est pas difficile en tous cas d'imaginer quelle dut être la satisfaction de nos corréligionnaires et avec quels sentiments de profonde reconnaissance ils prirent possession du local où ils devaient désormais se réunir fidèlement autour de leur pasteur : un long et fervent espoir s'incarnait enfin dans une réalité visible, il leur était possible de célébrer librement et publiquement le culte auquel ils étaient si attachés . Ce protestantisme lunévillois, faible rejeton d'un robuste arbre que la tempête et la persécution avaient pu briser mais non déraciner, surgissait à nouveau au grand jour. Quelque chose de très humble et de très grand en même temps venait de se passer, notre Eglise locale venait de naître.

En 1845, une ordonnance royale ayant créé à Nancy un deuxième poste de pasteur, le culte put être célébré à Lunéville deux fois par mois, le 2ème et le 4ème dimanche. Il fut assuré successivement par les pasteurs Rhein, Guiral, Dupuis, Candidus et Ed. Schmidt qui, à partir de 1860, furent assistés, selon l'usage du temps, d'un chantre rétribué par l'Eglise.

En 1847, le collège de garçons s'étant transporté dans l'immeuble construit pour lui ( dans l'actuelle rue René Basset), le prétoire de la justice de paix fut transféré à l'Hôtel de Ville et avec lui, par conséquent, le siège de la jeune communauté protestante.

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Fin du XIXème Siècle

Un acte généreux à l'origine de la construction du temple

Le projet de la construction d'un Temple devait demander deux années d'efforts pour aboutir. Depuis plus de trente ans, la petite communauté protestante était hébergée pour ses cultes par la municipalité. Le nombre de ses membres ne cessant de croître pour atteindre près de la centaine à Lunéville même, sans compter ceux des environs, au recensement de 1868, la salle de culte était devenue trop petite.

Le conseil des anciens, appelé diaconat, sous la présidence du pasteur Ed. Schmidt de Nancy qui desservait alors l'annexe de Lunéville, fut amené à envisager dès le printemps 1868 la construction de ce qui s'appelait alors un "oratoire".

Le diaconat bénéficia de l'esprit d'initiative de M. Méquillet,(sous-lieutenant militaire, issu d'une famille montbéliardaise qui a donné au protestantisme français plusieurs pasteurs distingués) et de la générosité d'une coreligionnaire d'origine anglaise : Madame Mary Jane Cood veuve Antoine Lassine. Celle-ci fit don au Conseil presbytéral de Nancy, pour la communauté protestante de Lunéville dont elle dépendait, par un acte du 2 Avril 1868 passé à l'étude de Maître George notaire à Lunéville, d'un bâtiment renfermant remise et écurie avec une portion de jardin derrière, d'une largeur de 4.80 mètre représentant une valeur de 3000 fr. ,sous la condition expresse que sur cet emplacement serait construit un oratoire pour le culte protestant. Ce terrain était situé rue de la gare, aujourd'hui rue Carnot, probablement à l'emplacement du n° 14.

A la recherche d'un emplacement

M.Méquillet entreprit alors des démarches auprès de la municipalité dans le but d'obtenir une subvention. Mais le Maire fit observer que l'immeuble de la rue de la gare n'aurait pas les dimensions suffisantes pour y construire un Temple qui fut digne à la fois de la ville et de la communauté protestante qui ne manquerait pas de se développer encore. Il fit savoir que l'administration municipale ne pourrait soutenir le projet dans ces conditions et qu'elle préférait d'ailleurs le faire en offrant la concession gratuite d'un terrain plutôt qu'une subvention.

Il fut d'abord question d'un terrain de 20 mètres de large sur 18.40 mètres de profondeur moyenne, situé rue Banaudon (aujourd'hui rue René Basset) où se trouve actuellement l'école Bony, face à l'ancien collège. Un croquis fut même dessiné par M. Saucerotte, beau-père de M. Méquillet, premier adjoint au Maire, pour un temple de 9 m de façade sur 17 m de profondeur avec prévision en annexe d'une sacristie et d'un logement pour le sacristain. La commission municipale chargée d'étudier la question de l'édification du temple rejeta cette proposition, le dit terrain devant être consacré, ultérieurement à un marché couvert.

Un autre terrain derrière l'ancienne prison (où se construit actuellement la centrale téléphonique) fut également écarté, la superficie étant insuffisante.

C'est finalement la petite place du Chauffour, rue du Midi, qui recueillit l'unanimité de la commission municipale et l'approbation du diaconat. Le conseil municipal, dans sa séance du 29 Mai 1868, suivit l'avis présenté par sa commission et vota la concession gratuite au diaconat protestant du terrain situé place du Chauffour, d'une superficie de 250 m2 pour une façade de 10 m, estimé à une valeur de 5000 Fr. en vue de la construction d'un Temple pour le culte réformé.

C'était là un témoignage de sympathie auquel le diaconat fut très sensible en même temps que la reconnaissance expresse du besoin qu'éprouvait la communauté protestante d'avoir enfin un local exclusivement destiné à la célébration de son culte.

La souscription publique

Madame veuve Lassine ayant consenti à racheter pour 2500Fr. l'immeuble et le terrain qu'elle avait légués à l'Eglise, cette somme ouvrit la souscription publique qui fut faite dans la ville pour recueillir les fonds nécessaires. D'après les listes publiées dans le journal hebdomadaire "les Petites Affiches", plus de 400 personnes versèrent une contribution aux quatre dames qui acceptèrent de collecter à domicile : Mmes Méquillet, Brisac, Villain et Bammès . Catholiques et israélites ont souscrit libéralement à côté des protestants dans un bel élan de sympathie et de générosité. Ce sera finalement une somme de 7270Fr. qui sera ainsi recueillie, soit plus de la moitié du devis de construction chiffré à 13107 Fr., sans les frais d'architecte prévus à 5%.

Le projet devient réalité

Le 13 juillet 1868, alors que la souscription n'avait encore rassemblé qu'une somme de 5930 Fr., le diaconat, sur la foi de ce premier résultat, s'engagea à verser à la caisse municipale, quand il serait requis, pour garantir les travaux, la somme de 7213Fr., non comprises les dépenses pour le mobilier intérieur estimées à 800 Fr. qu'il achèterait également. Compte tenu de ces engagements, il demande alors au Consistoire de Nancy, par le canal de la Préfecture, après accord de la municipalité, de solliciter une subvention de l'Etat pour le complément nécessaire à l'aboutissement du projet, soit 6500 Fr.

Ce sera finalement une somme de 5000 Fr. qui sera accordée, avec l'autorisation par arrêté préfectoral en date du 28 Avril 1869 de procéder à l'adjudication des travaux. Cette adjudication eut lieu à la Mairie le lundi 20 Mai 1869. M. Jardel Barthélémy, entrepreneur, demeurant 8 faubourg de Viller, fut retenu pour l'exécution de ceux-ci.

Divers dons, du Consistoire de Nancy, du Comité de la Société d ‘évangélisation de Strasbourg et de particuliers permirent de réunir les derniers fonds nécessaires à cette construction qui devait s'achever, selon le cahier des charges, la veille de la Pentecôte de l'année suivante, soit avant le 5 juin 1870. Les délais furent respectés puisque l'inauguration put avoir lieu quelques jours après, le 9 juin 1870.

Un événement dans la ville : l'inauguration du temple,

Le jeudi 9 juin 1870, à 2 heures de l'après-midi, la foule était si nombreuse que tous ceux qui s'étaient déplacés pour assister à l'inauguration du Temple ne purent y trouver place. Construit selon les plans de l'architecte Melin de Nancy, l'édifice était aussi modeste dans ses lignes que dans ses proportions. Il était, certes, amplement suffisant pour la population protestante de cette époque, à peine une centaine de membres, mais certainement trop exigu pour une telle affluence. Il fut nécessaire de placer à la porte des agents de police pour assurer le service d'ordre et vérifier les cartes d'entrée qui avaient été remises les jours précédents aux souscripteurs qui en firent la demande. Deux cent cinquante cartes furent imprimées ce qui doit correspondre à la capacité maximale du temple à cette époque où la tribune était moitié moins grande que l'actuelle et ne comportait pas les galeries latérales qui la prolongent. Toutes les cartes d'entrée furent distribuées ainsi qu'en témoigne une lettre du 8 Juin, d'un Monsieur Dauphin, qui sollicite la faveur d'en obtenir une, malgré un premier refus. faire asseoir ces 250 personnes il avait d'ailleurs été nécessaire de louer des chaises car le mobilier, outre la chaire, la table de communion, l'harmonium et le petit tableau noir pour les cantiques, se réduisait à neuf bancs. Ils furent probablement réservés aux autorités.

Les autorités

Le procès verbal d'inauguration donne la liste des autorités présentes dans cet ordre :

Les pasteurs : Schmidt père de Nancy, président du Consistoire, A. Coquerel de Paris, O. Cuvier de Metz, Paira de Strasbourg, Pruvot de Bar le Duc, Wenger de Metz, Lange de Toul, Edouard Schmidt de Nancy.

Les membres du diaconat de Lunéville : MM. Méquillet, Krantz et Debus ; les membres du Consistoire de Nancy : MM. Jalabert, Liebing, Karcher, Jean Schmidt, Metzner, Holtzmuller ; les autorités de la Ville de Lunéville : M. le Sous-Préfet, M. le Maire Parmentier et ses adjoints MM. Saucerotte et Majorelle, divers membres du Conseil municipal et autres autorités civiles et militaires.

La cérémonie

Dès que les autorités furent entrées, un chœur entonna le Te Deum : "Grand Dieu nous te bénissons.. " dont il chanta aussi la 9ème strophe : " Puisse ton règne de paix… ". C'est le pasteur Schmidt, président du Consistoire qui prononça la prière de dédicace et le pasteur Athanase Coquerel, venu spécialement de Paris pour cela, la prédication d'inauguration.

La presse locale, "les petites Affiches de Lunéville", fit quelques jours plus tard l'éloge du prédicateur en ces termes: "...l'attrait principal de la journée était dans l'audition de M. le pasteur Coquerel. L'éclat de sa réputation appelait plus spécialement sur lui l'attention de l'auditoire. Cette attente n'a point été déçue. M. le pasteur Coquerel réunit toutes les qualités oratoires du prédicateur ; à l'énergie et à la pureté du langage il joint une foi profonde et, chose moins commune, une charité inaltérable… il n'a parlé qu'une heure parmi nous, mais le souvenir de sa prédication demeurera bien longtemps…"

Dans la petite tribune, à côté du chœur qui avait soutenu le chant de l'assemblée, avait pris place la Société instrumentale Sainte-Cécile qui était venue ajouter encore, si besoin était, au caractère solennel de cette cérémonie.

Création du poste pastoral de Lunéville

Quelques semaines seulement après cette inauguration, éclatait la malheureuse guerre franco-allemande qui devait aboutir à l'annexion de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine. Lunéville devenant ville frontière bénéficia d'une forte émigration alsacienne et mosellane dont beaucoup de protestants. De cette époque date l'achat du crucifix (1872) qui devait marquer pendant de nombreuses années l'influence luthérienne dans cette Eglise de tradition réformée calviniste.

Il devint bientôt évident que le service paroissial ne pouvait plus être convenablement assuré par les pasteurs de Nancy dont le ministère au chef-lieu du Consistoire était du reste devenu plus absorbant pour les mêmes raisons. Le temps était venu de demander au Gouvernement de la République la création d'un poste de pasteur résidant à Lunéville. Cela fut accordé par un décret du 25 Juillet 1873.

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1873-1891 LE MINISTERE DU PASTEUR GUSTAVE LANGE

Le 9 Novembre 1873 le pasteur Gustave Lange était officiellement installé comme conducteur de la nouvelle paroisse. Ce n'était pas un inconnu. Originaire de Toul il venait d'exercer le ministère à Nancy et, à ce titre, avait déjà prêché plusieurs fois à Lunéville. Il était également pour cela d'autant plus sensible à ne pas rompre le lien de sa paroisse avec celle de Nancy dont elle était issue.

L'annexe d'Igney-Avricourt

À l'extrême nord-est de la paroisse se trouvait cette petite cité frontalière, coupée de Dieuze, son lieu de culte normal. Se dépensant sans compter pour le bien de tous les fidèles, le pasteur Lange se préoccupa dès 1878 de la desserte de ce secteur. Il créa un lieu de culte à Igney-Avricourt pour les protestants de cette localité et celles de Blâmont et Cirey. Le culte mensuel était tout d'abord célébré dans la salle de l'école située à peu de distance de la gare de chemin de fer. Mais en 1882 cette autorisation fut retirée en conséquence de la nouvelle réglementation sur l'enseignement primaire. Considérant que tous les protestants de cette localité sans exception, font partie, en qualité d'employés ou d'agents du personnel de la Compagnie de Chemin de fer, le pasteur, sur avis du Conseil Presbytéral, sollicita alors de cette Compagnie la possibilité de se réunir dans les locaux de la gare pour la célébration de leur culte. Cette autorisation lui fut accordée.

La nouvelle loi sur les cimetières.

Jusqu'en 1881, la réglementation des cimetières était définie par l'article 15 du décret du 23 prairial de l'an XII qui prescrivait que dans les communes où se professent plusieurs cultes, le cimetière devait être partagé par des haies ou des murs en autant de parties qu'il y avait de cultes différents. La loi du 14 Novembre 1881 abrogeait cette réglementation et les cimetières devaient être désormais communs à tous les citoyens sans distinction de culte. Le conseil presbytéral se réjouissant de cette mesure, demande alors la démolition du mur qui enclot encore la partie du cimetière réservée autrefois aux dissidents par une lettre adressée à Monsieur le Maire.

Améliorations apportées au Temple

L'apport alsacien devenait de mois en mois plus important. C'étaient maintenant des industriels qui venaient s'installer, souvent avec leurs cadres et leurs ouvriers qualifiés. Cette affluence nécessita, surtout pour les jours de fête du Vendredi-Saint, de Pâques et de Pentecôte, d'envisager le doublement de la petite tribune du Temple et son prolongement par deux galeries latérales bien que celles-ci devaient venir couper deux des fenêtres de l'édifice ! Ceci fut réalisé en 1884.

Le projet d'entourer le temple d'une grille pour délimiter le terrain mis à la disposition des protestants fut à cette même époque heureusement abandonné, non pas comme inesthétique, mais parce que trop monumental et trop onéreux ! Innovation plus heureuse en 1886 : l'achat de deux chaises rembourrées et d'un tapis pour les mariages et surtout celui de l'actuel harmonium. Le précédent avait été acheté d'occasion 18 ans plus tôt et avait déjà nécessité de très nombreuses réparations et révisions. Il était à bout de souffle. La maison Claude Antoni offrait de le reprendre pour une somme de 300 Frs (prix de la réparation nécessaire) contre l'achat d'un instrument plus valable, à la fois très doux et très puissant, comportant 8 jeux et demi , d'un prix de 1250 Frs. Heureusement une ancienne paroissienne, Madame Marracci, répondant à une demande qui lui avait été adressée, avait promis, si la chose devait se faire une somme de 800 Frs . Il ne resterait donc à trouver qu'une somme de 150 Frs sur les ressources ordinaires de l'Eglise. La chose fut décidée et l'harmonium put être installé quelques jours avant Noël 1886.

Le pasteur Lange président du Consistoire

Le 10 Juillet 1886, le pasteur Lange fut nommé, par ses collègues, président du Consistoire de Nancy ? C'était un rôle important qui lui était alors confié, à cette époque où le Consistoire, sous le régime du Concordat, était le lien administratif officiel de représentation auprès des autorités en général et de l'état en particuliers ? C'est dire la confiance qu'il avait su s'acquérir, l'esprit de modération et de conciliation qui lui était propre. Il fut réélu à ce poste trois ans plus tard le 26 février 1889, à l'unanimité, malgré la maladie qui l'avait amené à réduire son activité, dès le 1er janvier de cette même année et de prendre repos pour six mois.

Maladie et mort du pasteur Lange

Malgré ce séjour de six mois dans la propriété d'un ami de la paroisse, mise aimablement à sa disposition à Hyères, le pasteur Lange ne devait pas rentrer complètement remis de la maladie pulmonaire qui ruinait sa santé. Il ne pouvait pourtant pas laisser plus longtemps sa paroisse et le consistoire et rentra à Lunéville en juin 1889. Bien que se ménageant au maximum, il devait décéder le 9 février 1891, laissant derrière lui le souvenir d'un homme de paix et de charité, nullement imbu de ses fonctions et sachant s'approcher des plus humbles. Dès son arrivée dans la paroisse, en 1873, il avait fondé un Comité de Bienfaisance des Dames de la paroisse qui devait fonctionner sans discontinuer jusqu'au lendemain de la dernière guerre, rendant de nombreux services aux nécessiteux et organisant d'une manière régulière et efficace les visites aux malades et aux personnes âgées.

Nous est-il permis d'ajouter que nous avons regretté de ne pas retrouver trace de sa tombe au cimetière de Lunéville, où l'inhumation fut pourtant enregistrée en bonne et due forme.

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1891-1901 MINISTERE DU PASTEUR JACQUES BACH

Venant de Beaucourt, au pays de Montbéliard, où il était vicaire du pasteur Cuvier, le pasteur Jacques Bach, d'origine luthérienne et alsacienne, était bien fait pour succéder à M. Lange dans cette paroisse de tradition réformée calviniste dont les éléments alsaciens et luthériens étaient devenus la majorité. Appelé par le Conseil presbytéral de Lunéville, il était nommé officiellement à ce poste au mois de Mai et installé dans ses fonctions le 14 juin 1891.

Fondation de l'Union Chrétienne de Jeunes Gens

Âgé de 36 ans à son arrivée à Lunéville, ce pasteur était donc encore jeune et de plus dynamique. Il le montra en mettant sur pied, dès son arrivée, en 1891, une Union Chrétienne de Jeunes Gens" dont il rédigea les premiers statuts et règlements en 16 articles. Le but de ce groupement était de réunir une fois par semaine les jeunes gens désireux de s'affermir dans la foi et la piété par la méditation de l'Ecriture et la prière. La fréquentation du culte public du dimanche matin était recommandée et une bibliothèque complétait cette formation. Une promenade annuelle, préparée par le comité était également prévue aux statuts. Il n'y avait pas encore de locaux paroissiaux pour héberger cette jeunesse, et il fallait se contenter d'une location au 7, rue du Chauffour.

La construction du presbytère

Le pasteur Bach était actif et entreprenant, il le montra encore en se lançant, avec une équipe solide de membres aisés et influents de son Eglise, dans la construction du presbytère, sur un terrain proche du temple qui se trouvait disponible, rue Charles Vue.

La construction fut entreprise en 1896. Avant cette date, les pasteurs prenaient une location et percevaient pour cela une indemnité du gouvernement par l'intermédiaire de la commune. Le pasteur Lange avait habité rue de la gare, le pasteur Bach habitait au 25 avenue Voltaire. Cette indemnité était versée en pure perte à un propriétaire. Que celle-ci puisse servir à l'achat et à l'amortissement d'un terrain et de la construction d'un presbytére était chose concevable. Il suffisait pour cela de créer, une Société Civile Immobilière, ce qui fut chose décidée et réalisée. La Société fut constituée pour une durée de 30 ans à partir du 1 juillet 1896, suivant acte passé devant Maître Ebendinger, notaire à Lunéville, le 26 Juin 1896. Monsieur Alfred Marchal en fut le président et le principal animateur. Le capital de la Société était de 24000 francs divisés en 48 parts de 500 frs chacune. Les frais d'achat du terrain et de la construction du presbytère devaient excéder de 2000 frs environ ce capital. C'est en 1926 que cette Société votera sa dissolution après avoir remis ses biens à l'Association Cultuelle de l'Eglise Réformée en recommandant à celle-ci de conserver à cette maison sa destination primitive de presbytère.

Le sac du temple

Le conseil presbytéral eut la pénible tâche de constater le 5 février 1901 que le temple avait été saccagé par des malfaiteurs la nuit précédente. Ils avaient réussi à en enfoncer la porte. La croix de l'autel avait été brisée, l'autel souillé, la Bible et les cantiques par terre, les fauteuils de mariage lacérés à coup de couteau et dans la sacristie l'armoire avec tout son contenu par terre, la glace et la pendule brisées. Le Christ argenté, qui décorait la croix de l'autel, avait disparu. La tribune, elle aussi, avait été visitée, mais fort heureusement l'harmonium n'avait pas été touché . Le Conseil décida de procéder immédiatement aux réparations necessaires qui devaient s'élever à la somme de 73 Frs. Une enquête fut ouverte, mais les malfaiteurs ne furent pas retrouvés.

C'est au mois de juin de cette même année que le pasteur Bach devait donner sa démission de pasteur de Lunéville, pour répondre à un appel de l'Eglise luthérienne de Lyon où il allait succéder à son frère le pasteur Henri Bach, récemment nommé à Paris.

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1901-1908 MINISTERE DU PASTEUR GASTON COURTOIS

Venant d'Azay-le-brûlé, près de St.Maixent, Gaston Courtois fut nommé pasteur à Lunéville par décret du 28 juillet 1901. Originaire de Reims il n'était pas dépaysé dans l'est, d'autant moins qu'il avait autrefois exercé le ministère pastoral à Verdun et connaissait une bonne partie des collègues de ce consistoire.
Séparation des Eglises et de l'Etat

Quelques années après son arrivée il dut s'atteler à une tâche bien ingrate, celle d'assurer la vie de la paroisse au moment de la loi de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Ce n'était pas une chose facile que de procéder à l'inventaire des biens, de donner une existence juridique propre à la communauté locale par la rédaction des statuts de ce qui devait s'appeler désormais l'Association Cultuelle de l'Eglise Réformée de Lunéville, de faire cela en harmonie avec les paroisses voisines et les synodes. Il fallait aussi assurer l'existence matérielle de l'Eglise, opérer un véritable redressement financier pour assurer le traitement des pasteurs au moment où l'Etat s'en déchargeait. Grâce à la sagesse du Conseil presbytéral, à la bonne volonté des fidèles (ils étaient 1073 âmes en 1906) le cap dangereux put être franchi dans des conditions assez satisfaisantes.

Renouvellement du mobilier et travaux au Temple

En 1904 des travaux importants avaient été faits à la toiture et aux gouttières ainsi qu'à la charpente du temple. C'était une véritable révision de toute la couverture qui s'imposait. Cette même année il avait été procédé au renouvellement de l'autel en une Table de Communion plus harmonieuse, et au changement des bancs. L'Eglise n'ayant pas les fonds nécessaires, ceux-ci furent avancés par des industriels qui demandèrent le remboursement par location annuelle. En 1905 un fidèle offrit aussi l'actuel service de Sainte-Cène en argent.

Achat du terrain du Temple

De cette époque aussi date l'achat à la ville du terrain sur lequel le Temple était bâti. Il fallait, en effet, savoir qui en était le réel propriétaire pour l'attribution des biens et le paiement des impôts ultérieurs. La vente se fit par acte notarié en date du 23 septembre 1907, pour la somme symbolique de vingt-cinq francs. Le Conseil municipal fournit d'autre part une subvention à l'Association cultuelle pour faire mettre des trottoirs tout autour du Temple.

Ayant dû prendre des congés de six mois à deux reprises pour raison de santé, le pasteur Courtois devait quitter son poste de Lunéville pour un travail d'évangélisation de la Région parisienne, à Pantin, en 1908.

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1908-1919 MINISTERE DU PASTEUR LECERF

Il venait de Normandie quand il posa sa candidature à la succession du pasteur Courtois. C'était un théologien averti, calviniste, qui devait par la suite devenir professeur de dogmatique à la faculté de Théologie protestante de Paris et écrire un livre : "Etudes calvinistes" . Son ministère fut malheureusement interrompu par la guerre.

La période de la guerre de 1914-1918

Dès 1914, il dut quitter le presbytère, étant nommé aumônier militaire, il n'y reviendra que pour déménager en 1919. Pendant toute cette période, Lunéville qui était ville de garnison regorgeait de militaires. La paroisse bénéficia de la présence de nombreux aumôniers de la garnison parmi lesquels : Jacques Pannier, des hôpitaux et ambulances, puis le pasteur André Boegner qui lui succéda à ce poste en 1915, les pasteurs genevois Armand Duckert et G. Fulliquet, les pasteurs G. Atger, E. Walter, Mettetach, Bouture, Ramette ect…

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1919-1945 MINISTERE DU PASTEUR CHARLES KOEST

Venant de Madagascar où il avait été missionnaire, le pasteur Koest devait rester 36 ans à Lunéville , soit toute la période de "l'entre deux guerre" qui peut-être qualifiée de "belle époque" et celle moins heureuse de la "drôle de guerre" et de l'occupation. Il s'attacha à visiter son troupeau, à s'approcher de chacun, (pendant la guerre, à suivre, par correspondance, tous les prisonniers ou exilés), à faire de tous ces éléments souvent fort éloignés les uns des autres, socialement parlant, une même famille spirituelle. Il y réussit parfaitement et, de son temps, chacun garde ici le souvenir d'une ambiance simple, cordiale, pleine de chaleur humaine.

Rénovation du culte

Dès son arrivée dans la paroisse, il centra toute son activité, outre les visites, sur la rénovation du culte du dimanche. Il accordait une très grande importance à la prédication, qu'il prenait toujours la peine de préparer très soigneusement. Il rassembla une chorale qui ne devait pas seulement se produire dans les grandes circonstances, mais apprendre de nouveaux cantiques du recueil pour renouveler le chant de l'assemblée. Il s'attacha aussi à rompre la monotonie des textes liturgiques en puisant largement des variantes dans les trésors des liturgies anciennes et des grands penseurs chrétiens.

La Jeunesse- les salles Jean de Turckeim

Au lendemain de la grande guerre il réorganise les écoles du dimanche et du jeudi. Pour celles-ci il créa la traditionnelle sortie de fin d'année à Einville à laquelle parents et enfants se rendaient avec joie par le moyen du petit train de la compagnie L.B.B. qui passait devant le Temple. C'était toujours une grande et joyeuse fête.

A cette époque les Eclaireurs forment leur première troupe. Ils n'ont pas encore de locaux et doivent se réunir à la sacristie du Temple.

Les Unions chrétiennes de jeunes gens et de jeunes filles connaissent un renouveau d'activité, surtout à partir du moment où, en 1920, le baron de Turckeim mit à leur disposition deux belles salles rue Charles-Guérin. Ils purent alors organiser des fêtes de jeunesse, jouer des pièces de théatre, tout cela contribuant à créer une ambiance très fraternelle dans la paroisse. Ces salles furent aussi précieuses pour organiser des conférences, avec projections lumineuses sur un sujet ou sur un autre et en tout cas chaque année sur les Missions. Elles servirent à la vente paroissiale soit au profit des Missions, soit à celui des jeunes, soit encore pour l'Eglise elle-même. Un ouvroir s'y réunissait pour travailler à leur préparation tout au long de l'hiver.

C'est parce qu'il avait atteint l'âge de la retraite que le pasteur Koest quitta son poste en 1945. Il se retira à Nancy où il devait décéder quelques années plus tard.

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1946-1946 INTERIM DU PASTEUR PIERRE TONDRE

Le pasteur Tondre n'assura qu'un intérim d'un an, mais son passage, s'il fut court, n'en fut pas moins marquant pour la vie de l'Eglise.

Des locaux pour le scoutisme

C'est à ce moment-là que le baron de Turckeim fit donation définitive à l'Association cultuelle des sales dont les jeunes avaient la jouissance. Elles furent appelées salles Jean de Turckeim en souvenir de l'un de ses fils, membres des U.C.J.G. qui venait de mourir accidentellement en pleine jeunesse. Le pasteur Tondre en profita pour faire construire sur le terrain attenant deux petites salles supplémentaires pour le scoutisme qui était alors en plein essor.

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1946-1959 MINISTERE DU PASTEUR M. ARBOUSSE-BASTIDE

Le pasteur Maurice Arbousse-bastide venait de Valence quand il fut nommé à Lunéville. Il devait y terminer les douze dernières années de son ministère actif et se retirer ensuite à Sanary près de Toulon en décembre 1959. Après quelques années de demi-activité dans cette paroisse il devait y décéder.

Il serait fastidieux de passer à nouveau en revue les différents secteurs des activités paroissiales qui continuaient avec plus ou moins de bonheur selon une tradition maintenant fermement établie. Signalons pourtant la création de groupes de quartiers où des veillées se tenaient, et des conférences comme celle de M. Parrot.

Travaux au presbytère et au Temple

Les dernières années de son ministère à Lunéville M. Arbousse-Bastide dut engager de grosses dépenses. Ce fut tout d'abord la voiture paroissiale pour la desserte des disséminés. Les fonds furent recueillis par des dons volontaires pour la plus grande partie. Puis, ce furent les travaux de réfection de la toiture du Presbytère qui durent faire l'objet d'emprunts auprès de particuliers pour être couverts. Rien n'avait été fait dans cet immeuble depuis de nombreuses années et la dépense était plus importante que prévu. Enfin la réfection des peintures intérieures du Temple s'imposait. On en profita pour supprimer les lambris vermoulus et pour remplacer le Christ en croix qui dominait la chaire par une simple Croix nue. Les versets bibliques qui se trouvaient au-dessus des portes de la sacristie furent aussi recouverts de badigeon, pour moins surcharger le chœur. L'inscription "aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés" de chaque côté de la Croix fut seulement conservée.

Le plan comportait aussi la réfection de tous les vitraux et de la rosace. Seule une des verrières put être réalisée et mise en place avant le départ du pasteur Arbousse-Bastide, en Décembre 1958. Une seconde verrière, offerte par Madame Lederlin, fut posée en 1961. Les choses en étant restées là, nous espérons bien terminer cette tranche de restauration à la faveur du centenaire. Déjà la rosace du fond a pu être posée pour ce jour anniversaire, elle figure la colombe de l'Esprit.

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1960-1968 MINISTERE DU PASTEUR PIERRE BAY

C'est après un intérim de six mois assuré par les pasteurs de Dieuze, de Nancy et de Raon- l'Etape, que le pasteur Bay entrait en fonction en juillet 1960.

Relance des mouvements de jeunesse, achat d'un terrain

Outre les activités traditionnelles, le pasteur Bay s'est attaché à remettre en route les différents mouvements de jeunesse qui périclitaient, sans toutefois y arriver en ce qui concerne les U.C.J.G. qui semblaient avoir fait leur temps.

Un terrain entre le Temple et le Presbytère étant à vendre, avec droit de préemption pour la paroisse, il semblait intéressant de l'acquérir pour les mouvements de jeunesse qui fonctionnaient encore bien à cette époque. Une partie des fonds fut trouvée par un emprunt, une autre par des dons d'amis suisses du canton d'Argovie ( qui financèrent aussi le chauffage du temple avec des appareils au gaz) ou de l'Eglise Réformée. Le conseil ne réussit pourtant pas à trouver l'accord nécessaire à la construction projetée sur ce terrain en remplacement de la salle Jean de Turckeim. Quand celle-ci brûla accidentellement en mai 1965 l'occasion était pourtant belle à saisir. Mais les finances de l'Eglise étaient alors trop basses pour se lancer dans un plan aussi audacieux et c'est la reconstruction de la salle qui fût décidée avec toutefois amélioration du logement du sacristain. Là encore les amis suisses d'Argovie vinrent en aide à la paroisse.

Une équipe théâtrale

Cette équipe, qui devait tourner pendant trois ans tant à Lunéville que dans les environs, avait pour but de réunir des fonds pour amortir la dette causée par l'achat du terrain. Elle remporta de réels succès, et il est à regretter qu'elle n'ait pu fonctionner plus.

Les relations œcuméniques

Dès 1963, le pasteur Bay nouait des liens avec tel ou tel abbé ou curé de paroisse, mais c'est en 1965 que s'est constitué un véritable groupe œcuménique. Il devait réaliser la première soirée de prière commune à la chapelle du château (à partir de 1967 elle devint traditionnelle) et deux expositions qui remportèrent un très grand succés. L'une sur la faim dans le monde et l'autre sur la Bible, dans le cadre grandiose du Château, avec les conférences : du professeur André Parrot sur "la Bible face à l'archéologie", du R.P. du Buit sur "Evangile et Histoire" et "Le pays où coulent le lait et le miel" enfin du grand Rabbin Morali sur "le rapprochement des religions en partant de la Bible".

Le cercle œcuménique qui avait préparé ces différentes manifestations fut et resta le meilleur lien entre les deux confessions chrétiennes représentées à Lunéville, il devait poursuivre son activité les années suivantes sur le plan de la réflexion, en particulier par les études bibliques.

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EN GUISE DE CONCLUSION

Parvenus au temps de cette trop brève et incomplète rétrospective sur l'histoire des protestants à Lunéville, nous voulons revenir un peu au début pour reproduire intégralement la lettre que Théodore de Bèze adressa aux ambassadeurs réunis pour se rendre auprès de Charles III à la suite du martyre de Jean Madoc, les recommandations qu'il leur donne nous paraissent d'un tel désintéressement, d'une telle hauteur de vue et d'une portée si universelle qu'il nous a semblé ne pouvoir trouver de meilleures conclusion. N'avons-nous pas d'ailleurs ici d'une manière très particulière à considérer ce message comme un testament spirituel qui nous est laissé en héritage pour en recueillir les grandes lignes de notre fidélité à Jésus-Christ dans son Eglise.

Annexe : LETTRE DE THEODORE DE BEZE

Lettres que M. Théodore de Bèze a depuis écrites aux fidèles du dit pays de Lorraine, desquels l'adresse et suscription était, A Messieurs et très chers frères, tant gentilshommes qu'autres, faisant profession de la vraie religion, au pays de Lorraine.

Messieurs, d'autant qu'il n'y a qu'une seule Eglise de Dieu, j'espère que vous ne trouverez mauvais si étant averti comme vous êtes assemblés pour regarder ce qui concerne votre devoir envers Dieu, la distance des lieux ne m'empêche point de vous encourager de plus en plus par les présentes, puisque je ne puis le faire autrement. La résistance qu'il vous faut soutenir est grande. Mais sachez que plus est et sera grand et difficile le combat, plus sera votre constance recommandable et la victoire d'autant plus glorieuse. Assurez-vous seulement de l'assistance de celui qui peut et veut tout pour les siens. L'Apôtre nous admoneste que notre combat n'est pas, à parler proprement, contre la chair et le sang, c'est-à-dire contre les hommes qui sont d'une nature corporelle, mais contre les puissances spirituelles, qui gouvernent les ténèbres de ce monde. Et c'est aussi la cause pour laquelle il arme son chevalier des vraies armes spirituelles. Voilà pourquoi, Messieurs, je vous prie et exhorte au nom de Dieu, de vous équiper sur toutes choses de ces vraies armes, qui sont en somme la vraie connaissance et crainte de Dieu, et vrai zèle pour sa gloire, qui vous rendront toujours victorieux et sur autrui et sur vous-mêmes. Et d'autant que Dieu a ordonné pour cet effet son saint ministère qui git en la prédication de la parole et administration des sacrements, souvenez-vous que si vous ne pourvoyez à cela en premier lieu, il n'est possible que votre bâtiment soit ferme. Puis cela étant établi, il reste que vous en fassiez votre profit, l'appliquant à votre usage, et ne souffrant en sorte quelconque que ce trésor vous soit ôté, par faute d'en user. Satan a mille ruses pour nous en dégoûter, mais c'est à nous à lui résister, tenant pour résolu que quiconque nous veut tant soit peu détourner de l'ouïe de la parole du Seigneur, est messager de Satan, apprêté pour notre perdition si nous lui prêtons l'oreille. Puisque Dieu par sa grâce a établi un ordre en son Eglise, sachez que toute personne qui s'ingère, en méprisant l'ordre établi du Fils de Dieu, ne tâche en rien qui vaille, quand ce serait un Ange du ciel : et pourtant, pour l'honneur de Dieu, ne donnez lieu à telle confusion, de laquelle il vous faudrait rendre compte, et n'autorisez jamais tels coureurs. Mais quand le Seigneur vous aura envoyé son ambassadeur, alors prêtez l'oreille et le cœur, regardant à celui au nom duquel il parle. S'il est jeune, sachez que Dieu n'est sujet à l'âge, et ne méprisez la jeunesse autorisée de Dieu. S'il est vieux que la vieillesse redouble le respect que vous devez porter à cette précieuse parole. S'il est éloquent, bénissez Dieu en ses dons. S'il est de peu de grâce en paroles, gardez-vous de vous arrêter plus à la sauce qu'à la viande, et vous souvienne que la vertu du royaume de Dieu ne gît en paroles, mais en l'effet et substande de vérité. Bref reconnaissez la voix du Pasteur, de quelque truchement qu'il se serve pour vous déclarer sa volonté. J'ajouterai encore ce mot, que je vous prie de bien marquer : C'est que la Chrétienté gît en changement de vie, et pourtant gardez-vous de scandale : et quand ils adviendront, ne faites pas comme les enfants de ce siècle, qui se soutiennent en mal les uns des autres : mais souffrez d'être repris et vous tendez la main pour vous relever mutuellement. S'il y en a qui ajoutent rébellion à leur malice (dont le Seigneur vous garde) gardez-vous bien d'avoir plus chère ou la parenté, ou l'alliance, ou autre chose quelconque, que la gloire de notre Dieu, et l'édification de son Eglise. Le fils de Dieu a lui-même ordonné la discipline, qu'il veut être (voire) observée en son Eglise pour remédier aux scandales ? Vous voyez l'honneur que Dieu vous fait maintenant, en vous déclarant les pères nourriciers de ses troupeaux, et vrais gentils-hommes de la maison ; Je vous prie donc au nom de ce grand et souverain Roi, que vous soyez, un chacun de vous en son endroit, vrais protecteurs et mainteneurs de cet ordre, vous assujettissant les premiers aux lois et ordonnances qu'il a lui-même établies et dressées. Or, Messieurs, je vous ai écrit des choses, non point comme doutant de votre suffisance, et moins encore de la bonne affection que Dieu vous a donnée par sa grâce, mais afin de vous encourager de plus en plus, voyant combien il y en a déjà, à notre grand regret, qui par faute de bien considérer ces choses, non seulement n'avancent point, mais qui plus est se reculent, et entraînent plusieurs avec eux. Le m'assure que celui qui vous a conservés jusqu'ici, vous conservera jusqu'à la fin, dont je le prie de tout mon cœur, après vous avoir suppliés de vous souvenir de cette Eglise et école dans vos prières.

La grâce te la paix du Seigneur soit avec vous tous.

Amen.

De Genève ce 24 Avril 1565

Votre humble serviteur au Seigneur, Théodore de Bèze.

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Utilisation du Temple

Le 20 décembre 2004, un accord conventionnel a enfin été signé par Monsieur Closse, maire de Lunéville, et par Madame Alice Rassemusse, présidente du conseil presbytéral. Cette convention concerne l’utilisation du temple.

C’est à la suite de maintes démarches et réflexions, entraînant quelques modifications du texte présenté par la municipalité, que cet accord a été signé.

Nous avons dû, plusieurs fois, solliciter l’intervention de Marc Labarthe, président du Conseil Régional-Est, pour élaborer le texte définitif. Nous vous rappelons quelques points essentiels de ce texte :

L’association cultuelle de l’Eglise Réformée de Lunéville est propriétaire du bâtiment, construit en 1870.

La ville de Lunéville s’est engagée à le rénover en 2003 : réfection de toiture, remise aux normes de l’installation électrique et du chauffage, aménagement d’un local sanitaire, d’une sortie de secours et d’une rampe pour handicapés, réfection des murs et des peintures intérieures.

En contre-partie, la municipalité de Lunéville obtient la possibilité d’utiliser le Temple en dehors des offices religieux, pour certaines manifestations culturelles, expositions, conférences, concerts, petits spectacles pour les scolaires. Ces manifestations seront communiquées, pour avis, au conseil presbytéral.

Par ailleurs, la Ville s’engage à prendre en charge les frais de fonctionnement du bâtiment, notamment les consommations de gaz, d’électricité et d’eau et l’entretien de l’édifice.

Il est également stipulé que toute réunion ou manifestation à caractère politique n’est pas autorisée dans le Temple.

Nous tenions à répondre à certaines questions que nos amis de l’église pouvaient se poser.

Alice Rassemusse, présidente du Conseil presbytéral - février 2005

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