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Le Synode Régional en Meuse- 11-12-13 nov 2005

Evaluation du projet régional (1e partie)
« Pour une Eglise qui veut grandir »
1993-2005

1 - Bref rappel historique : mise en route et évaluations triennales
1.1. mise en route : Châlons 1993

Le projet régional ‘’ Pour une Eglise qui veut grandir ’’ adopté par le synode de Chalons en 1993, était l’aboutissement d’une enquête réalisée auprès de chaque paroisse ( vécu, projet, attentes, évolution, potentialité, perspective d’avenir, etc..) doublée d’une étude des données sociologiques, économiques, démographiques de chaque lieu.
Les premières lignes du dossier synodal donnaient, d’entrée, la philosophie du projet : « lorsque le monde évolue, lorsque les conditions humaines sociales et religieuses changent, l’Eglise doit poursuivre sa proclamation joyeuse de l’Espérance, en s’organisant au mieux pour le faire »

Venaient ensuite, ces quelques réflexions :

« Au XVIeme siècle, les confessions de foi des Eglises luthériennes et réformées définissaient l'Eglise par la juste prédication de la Parole et l'administration correcte des sacrements. Cette définition qui reste valable aujourd'hui, a donné naissance à l'image d'une Eglise centrée autour d'un ministre et d'une structure juridique. Cette conception était adaptée à une société dominée par le christianisme.

Or, aujourd'hui, nous sommes peut-être plus proches des premières Eglises, nées dans un contexte païen. Et si nous nous reportons aux témoignages les plus anciens sur la vie des communautés chrétiennes, nous découvrons dans le Nouveau Testament des Eglises qui s'organisent de manière spontanée, avec une profusion de services et un jaillissement des charismes. Ces communautés naissent et s'organisent en groupes de croyants pour se fortifier dans la foi, mais aussi pour témoigner et grandir. Nous pouvons affirmer aujourd'hui qu'il y a Eglise là où une communauté locale assure trois fonctions.
- prière et louange,
- communion et solidarité,
- diaconie et témoignage.

Ce sont donc la vie spirituelle et la formation des membres, le partage et le dialogue en lien avec les autres Eglises et le témoignage dans la société qui assurent la vie et la dynamique d'une communauté.
Une communauté peut ne pas remplir ces trois fonctions : c'est alors le lien avec un ensemble plus vaste qui lui permet d'exister pleinement en tant qu'Eglise. Nous soulignons ainsi la nécessité d'une solidarité entre les communautés locales pour assurer la vie de l'ensemble des Eglises. Cette interdépendance peut se manifester par un partage des compétences au niveau des ministres de l'Union ou des ministères laïcs, au niveau d'un secteur, d'un consistoire ou de la région.

Sans une dynamique de l'ensemble et un élan missionnaire permanent, notre Eglise ne pourra grandir, ne pourra 'Edifier - Former / Témoigner-Servir »
[ dossier préparatoire 1993]

Ces quelques lignes restent aujourd’hui encore d’une actualité éloquente.
Les moyens pour mettre en œuvre ce projet reposaient sur plusieurs axes :

- favoriser développement du travail en réseaux
- diminuer le nombre de desservants (passant de 26 à 19) en développant conjointement une vie en secteurs afin qu’aucune Eglise locale ne soit défavorisée par cette diminution ( un secteur est une zone géographique où se vit une solidarité entre des associations cultuelles voisines -, partage des compétences notamment par le biais des ministres de l’Union et des ministères locaux.)
- mettre en place des lieux de rencontres et de formation, (colloques régionaux, coordinations, etc…)

Bien qu’il ne fut jamais question de réduire le nombre de paroisses, ( mais seulement de modifier la philosophie des postes, c’est-à-dire de définir et d’organiser autrement la solidarité des ministères locaux et de l’Union), la perspective de la réduction des postes, fut ressentie par certains comme le début d’une mort lente de l’Eglise.
Malgré le long et patient travail fait en amont (visites, informations et concertations), la décision de mise en route du projet ne fut pas évidente. On peut y voir plusieurs raisons qu’il ne nous appartient pas de juger, tant elles paraissent logiques:

- peur de l’avenir,
- difficultés à modifier les mentalités
- participation timorée de ministres préférant poursuivre un projet personnel,
- autosuffisance voire congrégationalisme de certaines paroisses
Le projet fut cependant adopté mais à une courte majorité.

Pour la mise en oeuvre pratique, le projet ne fixait pas des règles toutes faites et uniformes, mais invitait plutôt chaque secteur à inventer, c’est-à-dire à se donner lui-même les moyens de sa propre fidélité à l’Evangile.
Le souci était de « privilégier les communautés locales qui définissent dans chaque lieu leur témoignage, leur vie, leurs projets, donc leurs besoins en pasteurs. Nous souhaitons mettre l'accent sur des communautés plus responsables dont la vie s'articule non pas autour d'un poste mais autour de la mission de l'Eglise » [ dossier préparatoire 1993]

1.2. première évaluation triennale : Verdun 1996

Une première évaluation triennale du projet fut faite lors du synode de Verdun en 96. Elle fut précédée là encore d’une enquête sous forme de questionnaire envoyé à chaque Eglise locale afin de l’aider à évaluer au mieux son cheminement triennal.
Trois ans après, sa mise en route, le projet ‘’ Pour une Eglise qui veut grandir ’’ n’était plus contesté, les premières peurs (légitimes ?) semblaient s’estomper. Les débats furent tranquilles car sur le terrain des fruits commençaient à apparaître :
- succès des colloques,
- vie de secteur commençant à se développer, certes de façons inégales.

A une quasi-unanimité le synode reconduisit le projet régional, avec un nombre de desservant toujours fixé à 19.
Il décida dans la foulée la création d’un poste d’itinérant régional, et, « persuadé que la vie en secteurs entre Eglises voisines est porteuse de richesses et de dynamisme » il vota une décision encourageant « toutes les Eglises locales concernées par la vie en secteur à être plus entreprenantes dans le partage des ministres, des ministères locaux, dans la mise en place de projets communs (rencontres entre conseils presbytéraux, réunion de formation, animation jeunesse, cultes…) »
[décision n°10]

Le choix fait en 93 de ne pas fixer des règles par avance, mais de laisser les Eglises locales inventer sur le terrain s’avérait donc judicieux.

1.3. Une deuxième évaluation triennale : Sedan 1999

L’évaluation triennale suivante fut précédée par une visite systématique effectuée auprès de chaque Eglise locale. Visite elle-même préparée par un questionnaire très complet reprenant une partie des données ecclésiales et chiffrées de 93 afin de les mettre en perspective avec les chiffres et le vécu actuels.
Ce synode fut à la fois un synode de confirmation (a) et de relance (b) du projet. Avec le recul, on peut même dire aujourd’hui qu’il fut le synode de la maturité du projet.

a) un synode de confirmation car il nous fit effectivement franchir un pas supplémentaire en décidant notamment d’une nouvelle appellation des postes. Ceux-ci ne sont plus désormais désignés par rapport aux associations cultuelles, mais par rapport à des secteurs géographiques plus larges. Cette décision étudiée cas par cas est une originalité de la notre Région Est. Elle marque surtout notre volonté de vivre de façon cohérente les solidarités inter-paroissiales. [ décisions 11 à14]
Le rapport préparatoire au synode de Châlons en 93 pointait déjà certaines difficultés pouvant apparaître dans la vie des secteurs « si un pasteur est mis à la disposition de plusieurs églises, mais rattaché à un poste inséré dans une seule association et nommé par son Conseil Presbytéral, les autres Conseils Presbytéraux ont l'impression de "quémander" l'aide de ce pasteur. »
Six ans après, le synode de Sedan répond donc à cette inquiétude. Et il y répond surtout en toute connaissance de cause, c’est-à-dire en s’appuyant sur l’expérience du terrain, sur l’expérience vécue, ce qui ne donne à ses décisions que plus de valeur.

b) Synode de confirmation donc…mais aussi de relance car force est de constater que les paroisses demeurent malgré tout inquiètes. Le rapport sur la vie régionale, le souligne avec réalisme.
« Trop souvent nous sommes découragés parce que nous comparons notre situation ecclésiale à une Eglise rêvée, imaginaire, à une Eglise d’un passé embelli. Il nous faut faire le deuil d’une Eglise toute puissante, présente partout (…) d’une Eglise forte, rassemblée autour du pasteur et du temple.
Il convient d’accepter cette condition d’une Eglise de Jésus-Christ incarnée, faite de finitudes et de limites. Dans une société sécularisée, dans une région de dépeuplement et de faible densité protestante, il nous faut accepter cette condition de dissémination. Cette prise de conscience ne doit pas pour autant nous faire ignorer les richesses existantes. »
[ Rapport sur la vie régionale]

Le rapport développait ensuite la notion d’Eglises « fragiles certes mais riches et solidaires. Notion reprise par un message tonifiant adressé aux Eglises.
Ce synode précisa également le terme de croissance dans l’expression « Pour une Eglise qui veut grandir ». Grandir, non pas avant tout, en nombre mais en solidarité, confiance, partage, accueil, formation…etc… Le message adressé aux Eglises suggérait d’ailleurs de passer de la perspective « Pour une Eglise qui veut grandir » à celle de « Pour une foi qui veut grandir ».
« les décisions que nous avons prises ont un certain aspect administratif, mais elles s’inscrivent véritablement dans la continuité du projet ‘’Pour une Eglise qui veut grandir ’’ et l’ouvrent sur ‘’ Pour une foi qui veut grandir’’
Dans ce même élan le synode vota deux décisions concernant la formation des conseillers presbytéraux ( décision n°6) et la formation à la visite ( décision n°7), ainsi qu’un vœu visant à promouvoir dans la vie de l’Eglise des « moments de témoignages et de partage sur la foi où chacun pourrait rendre compte de ses convictions personnelles ( vœu n°4)
Confirmation, relance, réalisme, formation, témoignage… ce synode fut, encore une fois, le synode de la maturité du projet.

1.4. Une troisième évaluation triennale Troyes 2001

Vint enfin, la dernière évaluation triennale en date, celle de Troyes en 2001. Après un synode de maturité, ce synode peut être qualifié de celui de l’essoufflement, où malgré les évolutions réelles constatées, les interrogations demeurent.
Ce synode fut un temps important et riche en échanges introspectifs et lucides vécus en groupes sur des sujets divers tels que les secteurs, les finances, la vie Régionale, les réseaux ou les postes.
Le projet régional ne fut pas remis en cause, mais manifestement ; « on s’essouffle, on marque le pas, les forces semblent nous manquer ». C’est ce que reprend d’ailleurs, très bien le message final adressé aux Eglises, à la fois confiant et pathétique, et intitulé: ‘’ Prenons simplement le temps de laisser agir la Parole ’’.

Ce message souhaite transmettre les réflexions du synode comme des

« paroles d’encouragement, de confiance et de persévérance »
« Malgré l’essoufflement de certains moyens mis en œuvres
(réseaux, coordination, colloques), ‘’la solidarité n’est pas un vain mot ‘’.
Malgré les inquiétudes qui se font entendre (ou qui sont bien réelles ),
‘’ la sinistrose n’est pas de mise ‘’.
Malgré le foisonnement et la dissémination des centres d’intérêts,
‘’ nos Eglises peuvent compter sur l’engagement de ses membres ‘’ ».
« Ayons l’assurance que le Seigneur nous rencontre, qu’il nous accompagne,
qu’il nous bénit et qu’il nous garde dans sa promesse »
« Que nos Eglises ne soient pas des puits où l’on s‘épuise mais des sources d’eaux vives.
Ce n’est pas nous-mêmes ou le protestantisme que nous annonçons, mais c’est bien
l’Evangile…. et le protestantisme est un moyen formidable pour le faire ». ( !!! )

Eric DEMANGE, Claude PEREIRA.
Septembre 2005

SUITE…


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