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Le Synode Régional en Meuse- 11-12-13 nov 2005

Samedi soir “Qui roulera la peur ?”

Marc 16,1-8

Conférence animation de Christine PRIETO

1- Lorsque le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates, afin d'aller embaumer Jésus. 2- Le premier jour de la semaine, elles se rendirent à la tombe très tôt, au lever du soleil. 3- Elles disaient entre elles : “Qui roulera pour nous la pierre hors de l'entrée du tombeau ?” 4- Elles levèrent les yeux et s'aperçurent que la pierre, qui était très grande, avait été soulevée. 5- Elles entrèrent dans le tombeau, virent un jeune homme assis à droite, vêtu d'une robe blanche, et elles furent épouvantées. 6- Il leur dit : “Ne vous épouvantez pas ; vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié ; il est réveillé ; il n'est pas ici ; voici l'endroit où on l'avait déposé. 7- Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu'il vous précède en Galilée : c'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit.” 8- Elles sortirent hors du tombeau et s'enfuirent tremblantes et hors d'elles-mêmes, et elles ne dirent rien à personne à cause de leur peur.

Réécritures ultérieures :

- la peur :
Mt 28,1-10 : v.4 : Les gardes tremblèrent de peur et devinrent comme morts. v.5 : L'ange dit aux femmes : “Pour vous, n'ayez pas peur”. v.10 : Jésus leur dit : “Soyez sans crainte”.
Lc 24,1-12 : v.4 : Elles étaient perplexes. v.5 : Toutes craintives, elles baissèrent le visage vers la terre. v.12 : Pierre s'en alla chez lui, dans l'étonnement de ce qui était arrivé.

- le retour en Galilée :
Lc 23,55 : Les femmes, celles-là même qui étaient venues de Galilée avec Jésus...
Lc 24,6 : “Souvenez-vous de quelle manière il vous a parlé, lorsqu'il était encore en Galilée”.
Lc 24,13.15 : Et voici que ce même jour, deux d'entre eux allaient à un village nommé Emmaüs, éloigné de Jérusalem de soixante stades... Jésus s'approcha et fit route avec eux.
Lc 24,49 : “Mais vous, restez dans la ville, jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la puissance d'en haut”.

- l’annonce de la résurrection :
Mt 28,8 : Elles s'éloignèrent promptement du tombeau, avec crainte et avec une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle aux disciples.
Lc 24,9 : Du tombeau elles s'en retournèrent pour annoncer tout cela aux onze et à tous les autres.

Première partie du travail : théologie du texte de Marc (15 mn)
- Quelle situation les femmes s’attendent-elles à trouver ? Situation concrète, mais aussi situation théologique.
- Pourquoi sont-elles “désarçonnées” ? En quoi ce qu’elles voient et ce qu’on leur dit modifient-ils la vie de la communauté des disciples ? Qu’est-ce qui va devoir être changé par rapport aux “plans” prévus ?
- Pourquoi Jésus choisit-il de ramener ses disciples en Galilée, plutôt qu’ailleurs ? Que signifie théologiquement le retour en Galilée ? Quelle nouvelle étape amorce-t-il pour la communauté d’après Pâque ?
- Comment expliquer que le texte - et l’évangile de Mc - s’achèvent sur la peur et le silence ? Pourquoi les femmes réagissent-elles par la peur ? Comment pourront-elles en sortir ?

Deuxième partie du travail : en quoi ce texte de la première communauté chrétienne interpelle-t-il notre situation d’Eglise actuelle ? (15 mn)
- Que nous attendons-nous, ou que voudrions-nous, trouver comme situation dans nos Eglises ?
- Pourquoi sommes-nous perturbés par ce que nous vivons ? Qu’est-ce qui nous bloque ?
- Qu’est-ce qui nous fait peur et nous empêche de parler ?
- Quel pourrait-être notre “retour en Galilée” ? Quel nouveau départ avons-nous besoin de prendre ?
- De quelle façon devons-nous changer notre regard pour : accepter de passer d’un “tombeau plein” à un “tombeau vide” ; arrêter d’avoir peur ; accepter la nouvelle situation qui nous est donnée ; trouver le courage et la force d’annoncer l’Evangile ?

Retour en plénière :

Une phrase de prise de conscience, questionnement, projet, “bonne résolution”, conclusion, etc. que j’ai envie de partager et d’offrir aux synodaux.

Intro :
Le thème de la peur : la peur que je vois autour de moi ; le sentiment d’une situation qui a changé, d’un blocage ; la question : comment allons-nous continuer à annoncer l’évangile ?
Peut-être sommes-nous à un tournant de l’histoire de notre église, mais aussi ce type de crise ne survient pas pour la première fois. Tout au long de l’histoire du christianisme, il y a eu des moments où les croyants ne comprenaient plus la situation qu’ils vivaient, ne savaient plus que faire, et ont dû passer par un temps de silence, de deuil, de réflexion, avant de prendre un nouveau départ.

finale de l’év. de Mc. qui met en scène et en récit, la peur paralysante.
Cadre : finale courte (années 60) ; finale longue (vers 150) : texte le plus récent du NT. La finale courte pose problème aux copistes qui ajoutent un épilogue.


Analyse du texte :
- Quatre marqueurs temporels v.1-2 de l’achèvement et du commencement (sabbat passé, premier jour, très tôt, au lever). Triple mention du commencement.
Les femmes sont zélées, elles ne perdent pas un instant pour leur tâche, mais elles sont dans la mort : embaumer : momifier le corps/foi momifiée
« qui roulera la pierre » : obstacle matériel, mais signe d’une fermeture intérieure : l’aventure Jésus s’achève avec un lourd couvercle que plus personne n’a la force de bouger.
« la pierre est déjà roulée », litt. Soulevée ; il y a du divin, du surnaturel qui précède les femmes (Mt 27,2 : la pierre est roulée en direct). Ici il y a une intervention secrète qui échappe au regard, mais qui change tout.
Le mouvement de sortie de la mort commence par « lever les yeux » (qui répond à « la pierre déjà soulevée » et « le soleil déjà levé »). Chez Lc 24,5 : elles baissèrent les yeux.

Triple mouvement vers le haut.
En écho, un triple mouvement de sortie : hors de l’entrée du tombeau (v.3), hors du tombeau, hors d’elles-mêmes (v.8).
L’ange vient signifier qu’il n’y a plus rien à voir dans le tombeau et il les envoie ailleurs : le tombeau comme lieu de mémoire n’est plus pertinent. Venir au tombeau (pour embaumer un corps) c’est accepter que le message de Jésus soit mort et enterré.
L’ange dit que Jésus était « posé » (situation et lieu identifiables), maintenant il est réveillé et « pas ici » : situation qui échappe aux protagonistes.

La surprise crée l’épouvante : le mort n’est pas rangé à sa place ; on ne peut pas en faire une momie ; l’espace connu du tombeau est bouleversé.
Il y a un ange qui ne devrait pas être là ; Jésus non plus n’est pas là.
Quel Jésus cherchent-elles ? le crucifié, celui qu’elles connaissent depuis la Galilée. Aller dire quoi ? un rendez-vous fixé avant la mort. Si tout est clair, pourquoi le silence final ? Le récit problématise ce qui semblait simple à comprendre.

Le lecteur suit les femmes dans leurs déplacements et leurs émotions. Et nous voyons ainsi que la communication est bloquée ; quelque chose ne passe plus dans le sens.
Le message : « il vous précède en Galilée ». Encore un fait qui précède les femmes, un « déjà » : Jésus est déjà parti, déjà ailleurs. Dieu précède encore l’homme, le pousse vers un ailleurs, pour le faire sortir de son habitat mental, de l’ancrage spirituel qu’il s’est façonné.
« comme il vous l’a dit » : pour la 4e fois, un fait qui précède : une parole qui devance les femmes, un « déjà dit ». Ainsi les événements de la résurrection étaient prévus mais les disciples n’avaient pas compris.

Les femmes sont invitées à faire mémoire, non pas face à un tombeau, mais d’une parole. Le lieu du souvenir, de l’anamnèse, est la parole de Jésus et non une construction de pierres, une sépulture. Autant le tombeau signifie l’immobilisme, autant la parole remémorée est dynamique, puisque l’ange en fait le départ d’un mouvement, d’une sortie vers un ailleurs.

Fonction du retour en Galilée : à la différence de Luc qui poursuit l’histoire du mouvement chrétien à Jérusalem (Emmaüs, Pentecôte), et supprime le retour en Galilée, pour Marc le retour à l’origine est nécessaire. Pour sortir de l’incompréhension, mais aussi de la peur, il faut reprendre tout l’enseignement de Jésus depuis le début, et le relire à travers Pâque. Il faut recommencer depuis le début, réinventer la suivance et la Bonne Nouvelle.
L’évangile de Marc s’ouvre par « commencement de l’évangile de Jésus-Christ fils de Dieu » : tout est donné au départ et pourtant tout est à découvrir. Les femmes semblaient avoir tout pour comprendre et elles échouent devant l’ange. Elles croyaient savoir et elles sont réduites au silence.

Temps de silence nécessaire pour laisser mûrir le savoir afin qu’il porte à nouveau du fruit.
Importance du mouvement, du déplacement, de l’envoi vers l’ailleurs. On croyait que le mouvement se brisait au pied de la croix, mais non : les femmes savent quoi faire : se reposer le samedi, embaumer le corps le dimanche. Ce qui va les stopper net, c’est le tombeau vide, car ça elles ne s’y attendaient pas. Le savoir et la parole se bloquent sur ce qui devrait les ouvrir.
- v.8, conclusion : pas de joie (cf. Mt 28) mais une peur qui produit fuite et silence. Les femmes n’ont rien dit depuis la question du v.3 ; elles restent bloquées là-dessus : sur l’obstacle insurmontable. Elles n’ont pas vraiment encore entendu la nouvelle de la résurrection.

Les femmes fuient à cause du tremblement qui les saisit ; et elles se taisent à cause de la peur. La résurrection se livre au risque du silence des témoins/des lecteurs.

Le silence des femmes ouvre à notre propre parole. C’est nous qui prenons la suite, relisons l’évangile qui ne se termine plus sur l’échec de la mort, mais sur ce tombeau vide. Tout le texte se déploie à la lumière de la résurrection.
Les femmes courent… hors du récit, hors du livre. Ouvre à notre propre reprise de parole, possible en reprenant le livre depuis le depuis : « commencement de l’évangile… ».


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